Technique Photo

Photographie culinaire : 4 étapes de stylisme pour faire saliver

Par Xavier Navarro · Mis à jour le 8 min de lecture

En photo culinaire, seule la vue reste pour évoquer le goût, l'odeur et la texture. La méthode en quatre étapes de Sandrine Saadi pour raconter une histoire gourmande. Pour apprendre à votre rythme, vous pouvez suivre notre cours photo en ligne.

Sommaire de l'article

Raconter une histoire gourmande

Un seul sens pour en évoquer cinq

Un plat fait appel au goût, à l'odorat, au toucher, parfois même à l'ouïe : le croustillant d'une croûte, le crépitement d'une poêle. La photographie culinaire, elle, ne dispose que de la vue. Tout l'enjeu consiste donc à faire passer les quatre autres sens à travers une seule image : la brillance d'un glaçage qui dit le sucré, la vapeur qui dit le chaud, les miettes qui disent le croquant.

Le photographe Lewis Hine affirmait qu'il n'aurait pas eu besoin d'appareil s'il avait pu raconter ses histoires en mots. En photographie culinaire, cette idée est centrale : raconter une histoire autour du plat enrichit ce que le spectateur en perçoit et réveille son imaginaire. C'est le fil conducteur de la méthode de Sandrine Saadi, photographe culinaire et formatrice, dont les quatre étapes sont détaillées ici.

L'objectif : déclencher l'envie

Le but est presque physiologique : qu'à la simple vue de l'image, la personne salive et ait envie d'ouvrir son réfrigérateur. Une photo culinaire réussie n'est pas d'abord belle, elle est gourmande. Chaque décision de mise en scène, du choix du fond à la dernière pincée de poivre, doit servir cette envie.

Étape 1 : trouver l'inspiration et le message

Choisir une émotion

Toute histoire transmet un message, et ce message peut s'articuler autour d'un sentiment, d'une émotion ou d'une sensation. Une assiette de cookies évoque le réconfort ; une eau infusée aux fruits, la fraîcheur et l'idée d'une recette légère ; un gratin sorti du four, les souvenirs d'enfance et la cuisine de grand-mère. Avant de sortir l'appareil, décidez laquelle de ces émotions votre image doit porter : elle guidera le choix des couleurs, des accessoires et de la lumière.

Partir de la typicité du plat

L'histoire peut aussi naître de l'identité même de la recette ou d'un ingrédient : son origine, sa saison, sa texture, sa couleur dominante. Un plat mexicain appelle des piments, des quartiers de citron vert, des couleurs chaudes ; une tarte aux fruits d'été, une lumière claire et quelques fruits crus posés à côté. Chercher ce qui rend le plat unique, c'est déjà trouver le point d'ancrage de la composition.

Étape 2 : construire le set avec la règle des trois couches

Ce qu'est une couche

La règle des trois couches est la règle fondamentale de la mise en scène culinaire. Elle désigne le nombre d'éléments superposés dans la composition : un fond, une planche, une serviette, une assiette, un bol posé dessus, la préparation elle-même. Chaque couche ajoute un niveau de profondeur et met en valeur les volumes. Trois couches constituent le minimum pour qu'une image ne paraisse pas plate ; chaque couche supplémentaire crée de nouveaux liens visuels entre les éléments.

Trois exemples décryptés

  • Un fond, des serviettes et des contenants : trois couches. Poser un bol sur une assiette en ajoute une quatrième et apporte du dynamisme.
  • Une personne qui tient un plat : ses mains et son vêtement font office de fond, puis viennent le contenant, le bol et la soupe. Trois couches à nouveau.
  • Un gâteau sur son plat de service, son glaçage et des framboises posées dessus : le plat, le gâteau, la garniture. Trois niveaux, et une histoire qui se lit du bas vers le haut.

Cadrer le set : les trois angles classiques

  • Vue de dessus, à plat : idéale pour les compositions graphiques, les tables garnies, les plats sans hauteur comme une pizza ou une salade. Toutes les couches se lisent d'un coup.
  • Angle à 45 degrés : le point de vue du convive assis ; il montre à la fois le dessus et le volume du plat, et convient à la plupart des assiettes.
  • À hauteur de table : pour les sujets hauts, gâteau à étages, burger, verre ; la superposition des couches devient visible de profil.

Choisissez l'angle avant de disposer les couches : la règle des trois couches ne se lit pas de la même manière à plat qu'à hauteur de table.

Composer par strates : le pas-à-pas

Pour une commande d'une marque d'épices, Sandrine a décomposé la construction d'un plat d'œufs à la mexicaine, des huevos rancheros servis avec piment, avocat et poivron. La démarche se déroule par strates, des masses principales vers les détails.

OrdreActionEffet recherché
1Poser les masses principales : ici, deux assiettesFixer l'équilibre général de la scène
2Ajouter des éléments de la recette : quartiers de citron, oignons, paprikaRaconter la recette, mettre en avant le produit du client
3Introduire un peu de désordre : un œuf sorti de sa boîte, quelques piments, un couvert poséDonner l'instantané, la scène « en cours »
4Équilibrer avec un petit bol de chips, puis quelques chips éparses, dont une trempée dans la sauceFormer un triangle avec les assiettes, ajouter de la vie
5Finir par un tour de poivre, des herbes fraîches, quelques grainesCréer des aspérités, un niveau de détail supplémentaire

Placer d'abord les éléments les plus encombrants permet de visualiser où sont les masses avant d'ajouter les ingrédients qui serviront l'histoire. Herbes fraîches, épices et graines viennent en dernier : il est rare que Sandrine déclenche sans avoir remis un tour de poivre, parfois sur la totalité du set.

Étape 3 : donner vie à l'image

Le désordre maîtrisé

Une fois le set en place vient le moment préféré de la photographe : mettre un peu de désordre. Des miettes, une trace de sauce, un couvercle posé de travers, une cuillère déjà utilisée. Il faut que la scène vive. Le spectateur doit pouvoir s'imaginer à table, dans sa propre cuisine, plutôt que devant une vitrine. Quand tout est trop parfait, l'image perd son authenticité, et avec elle sa crédibilité.

Montrer l'intérieur

Pour un gratin ou un gâteau, prélevez une part et déposez-la dans une assiette : on découvre la texture, les couches, ce qui se passe à l'intérieur de la préparation. Le bord du plat n'a pas besoin d'être impeccable ; un peu de coulure raconte que le plat vient d'être servi. Ces imperfections rendent le sujet plus crédible et l'histoire plus réaliste.

Étape 4 : les touches finales

Brillance, fraîcheur, précision

Un peu d'huile badigeonnée sur un plat, un voile de sirop sur une tarte : la brillance attire l'œil et décore l'assiette. Inutile de verser la bouteille, quelques points posés aux bons endroits suffisent. Pour les huiles et les sauces, une pipette ou un petit flacon donne une précision que la grande bouteille n'offre pas. Les légumes et les herbes se rafraîchissent d'un coup de brumisateur : les gouttelettes apportent cette sensation de fraîcheur que l'on cherche à transmettre.

Assaisonner au dernier moment

La sauce ne se verse sur la salade qu'une fois le set entièrement terminé, sinon elle « cuit » les feuilles et l'image se fane avant d'être prise. Plus généralement, tout ce qui s'abîme vite se prépare en amont et se finit au dernier instant. En prestation pour un client, on peut même faire valider la composition avec la salade montée sans sauce, puis passer aux finitions une fois la photo approuvée.

Ce qu'il faut retenir

La nourriture, c'est la vie : mettez de la vie dans vos photos culinaires. Cherchez la spécificité de chaque aliment, car la beauté se cache souvent dans les imperfections. Une poire à la forme irrégulière donnera des aspérités et rendra la prise de vue moins clinique, plus faite maison. Quel que soit le plat, il existe un point d'ancrage, une manière de lui donner de l'intérêt : certains sujets sont plus faciles que d'autres, mais chacun a quelque chose à raconter. Relevez le défi de trouver ce point d'intérêt dans chaque assiette, y compris le plat en sauce que l'on préférerait laisser à d'autres.

Pour aller plus loin, la formation La photographie culinaire de Sandrine Saadi développe cette méthode pas à pas. Et si vous envisagez d'en faire un métier, le guide Formation photographe culinaire présente le parcours, le matériel et les débouchés de la spécialité.

Questions fréquentes

On répond à tes questions

C'est le principe de superposer au moins trois éléments dans la scène, par exemple un fond, une planche et l'assiette, ou l'assiette, le plat et sa garniture. Chaque couche ajoute de la profondeur et des volumes ; en dessous de trois, l'image paraît plate.

Une lumière latérale ou légèrement en contre-jour, venant d'une fenêtre ou d'une source unique, modèle les volumes et fait ressortir la brillance et la texture. Un réflecteur blanc placé du côté opposé débouche les ombres. On évite le flash frontal, qui aplatit l'assiette.

Préparez tout ce qui se dégrade vite en dernier, badigeonnez les surfaces d'un peu d'huile ou de sirop pour la brillance, brumisez les légumes et les herbes, et n'assaisonnez la salade qu'une fois la composition validée. Les plats chauds se photographient dans les minutes qui suivent leur sortie du feu.

Trois angles couvrent la plupart des situations : la vue à plat pour les compositions graphiques et les plats sans hauteur, le 45 degrés pour l'assiette vue par un convive, et la hauteur de table pour les sujets hauts comme un burger ou un gâteau à étages. L'angle se choisit avant de construire les couches.

Non : un boîtier avec un objectif de 50 mm ou un objectif macro, un trépied pour composer avec précision et une fenêtre bien exposée suffisent. Les accessoires de stylisme, fonds, vaisselle, linge, pipette et brumisateur, comptent davantage que le matériel photo lui-même.
Xavier Navarro

À propos de l'auteur

Xavier Navarro · Photographe, fondateur d'Empara

Photographe professionnel et fondateur d'Empara, plateforme francophone de formation photo en ligne.

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